Alors que l’intelligence artificielle s’impose dans les studios, Disney et Universal tentent de fixer des limites. Enjeux créatifs, bataille syndicale et stratégie de survie dans un nouvel écosystème.
En bref
Disney et Universal sonnent l’alarme : Les deux géants hollywoodiens s’opposent à l’utilisation massive de l’intelligence artificielle pour créer des scénarios, des visages ou des voix, craignant une perte de qualité et d’humanité.
Des tests jugés peu concluants : Des scripts générés par IA ont été expérimentés chez Disney, mais rapidement abandonnés en raison d’un manque de profondeur narrative.
Une pression syndicale forte : La grève des scénaristes en 2023 a conduit à un accord interdisant le recours à l’IA pour écrire ou réécrire des scénarios.
Des risques juridiques majeurs : La question du copyright des œuvres générées par IA inquiète les studios, qui redoutent des litiges complexes et des atteintes à leurs franchises.
Une approche éthique privilégiée : Disney et Universal veulent encadrer l’IA comme outil complémentaire, sans remplacer les artistes humains, afin de préserver la créativité et la magie du cinéma.
Un tournant technologique qui secoue Hollywood
Alors que l’intelligence artificielle se déploie à vive allure dans le secteur du divertissement, deux géants hollywoodiens, Disney et Universal, se dressent aujourd’hui en rempart contre ce qu’ils considèrent comme une menace existentielle : la substitution des créateurs humains par des algorithmes.
L’ombre de ChatGPT, Sora ou d’outils génératifs comme RunwayML ou Synthesia plane désormais sur les studios, capables de produire des scripts, des visages, des voix, voire des films entiers. Mais pour Disney et Universal, ces innovations pourraient bien devenir une épée à double tranchant.
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Des outils puissants… et controversés
Dans les coulisses, les IA génératives sont déjà utilisées : repérages virtuels, doublages multilingues automatisés, correction d’image instantanée. Mais une ligne rouge a été franchie lorsque plusieurs studios ont envisagé de remplacer les figurants ou les scénaristes par des modèles génératifs.
Selon un document interne ayant fuité chez Disney, des expérimentations auraient été menées sur des scripts générés par IA pour des projets Marvel, mais les résultats furent jugés « créativement pauvres ».
De son côté, Universal aurait testé l’intégration de personnages secondaires virtuels dans des séries de second plan, une tentative rapidement abandonnée sous la pression syndicale.
La grève des scénaristes : un avertissement
L’année 2023 avait déjà été marquée par la grève historique des scénaristes du Writers Guild of America (WGA), l’un de leurs combats majeurs étant la régulation de l’intelligence artificielle dans l’écriture scénaristique.
L’accord signé après des mois de tension impose des restrictions : l’IA ne peut pas écrire ou réécrire un script, ni servir de matériau de base.
Disney et Universal, bien qu’ayant participé aux négociations à travers l’AMPTP (Alliance of Motion Picture and Television Producers), s’étaient montrés en coulisses parmi les plus prudents vis-à-vis de l’IA. « Nous croyons en la valeur unique de la créativité humaine », avait déclaré Bob Iger, PDG de Disney, dans une rare prise de position.
Des enjeux économiques massifs
La tentation de l’IA est pourtant grande. Réduire les coûts de production, raccourcir les délais, multiplier les contenus… Autant d’arguments qui séduisent certains investisseurs. Mais pour Disney et Universal, le calcul est plus complexe.
D’un côté, ces groupes doivent faire face à l’érosion des revenus du streaming, à la saturation des franchises, et à une concurrence mondiale féroce, notamment venue d’Asie, où l’IA est déjà utilisée sans tabou.
De l’autre, ils doivent protéger leur image de marque, fondée sur la narration de qualité, la magie humaine et l’émotion sincère.
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Une bataille juridique en toile de fond
Disney, détenteur de certaines des propriétés intellectuelles les plus puissantes au monde (Marvel, Pixar, Star Wars), s’inquiète aussi des risques juridiques. Peut-on vraiment protéger une œuvre créée en partie par IA ? Qu’en est-il du copyright si une IA s’inspire « accidentellement » d’un contenu existant ?
Universal, confronté aux mêmes défis avec ses franchises Jurassic Park, Fast & Furious ou Minions, se montre tout aussi préoccupé.
Plusieurs procès opposant des artistes à des entreprises d’IA (comme Stability AI ou OpenAI) sont actuellement en cours aux États-Unis. Un verdict défavorable pourrait bouleverser tout l’écosystème du cinéma.
La résistance créative s’organise
Face à ces incertitudes, Disney et Universal adoptent une posture hybride : refuser l’IA comme substitut à la création humaine, mais l’accepter comme outil d’appoint encadré. Chez Pixar, par exemple, l’IA est utilisée pour fluidifier certaines animations, mais jamais pour concevoir l’histoire ou les personnages.
Universal, de son côté, investit dans des laboratoires internes d’éthique technologique, avec des consultants en droits d’auteur, en narration et en anthropologie numérique. L’objectif : tirer le meilleur de la technologie sans déshumaniser le produit final.
La position des deux géants pourrait faire école. Netflix, Amazon Studios et même certains studios chinois observent attentivement les décisions prises par Disney et Universal. Dans les faits, aucun studio majeur ne veut être accusé de briser l’ADN artistique d’Hollywood.
Mais une question cruciale demeure : jusqu’où peut-on intégrer l’IA sans trahir l’essence même du cinéma ?
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Une industrie à la croisée des chemins
Disney et Universal ne disent pas non à l’IA. Ils disent non à son usage incontrôlé. Tandis que le reste de l’industrie hésite entre fascination et inquiétude, les deux géants préfèrent poser un cadre éthique et juridique solide, quitte à ralentir la course technologique.
À l’heure où des influenceurs virtuels, des artistes synthétiques et des films générés de A à Z émergent sur TikTok ou YouTube, cette prudence pourrait bien être leur meilleur pari pour préserver l’humanité dans l’entertainment.

Développeur web. Expert en nouvelles technologies et en informatique depuis plus de 15 ans. Geek assumé, passionné de gaming (FPS, Call of Duty). Connecté sur Twitch et les réseaux sociaux, en mode Viewer !
















